LeMas26

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| PYRÉNÉES, la traversée 2017

36 jours d'un exalté ou des rencontres, de l'amitié et de la bonne compagnie avec soi-même...

 

Il y avait à peine une heure qu'on marchait depuis Banyuls avec Serge qu'on croise Maurice qui revient avec deux gros jerricans d'eau. La source est annoncée à peine plus loin.

Je lui demande si elle a des vertus miraculeuses ? Et boum c'est parti pour 40 mn d'un échange rare et inoubliable ! Il travaille toujours les vignes de son père, nous explique les canalisations qui descendaient le moût de raisin jusqu'au lieu de vinification plus bas, nous précise le pourquoi des noms de lieu (Puig de Sallfort = qui saillit fort, sauf qu'ils sont 3 au même niveau !), parle de ses nombreuses randonnées, courses et trails en montagne, nous recommande de bivouaquer à l'abri sous roche qu'il a aménagé là haut (on y trouvera de l'eau qu'il a amenée et du gaz !), s'intéresse bien sûr à notre traversée et nos lieux de vie... Il est beau comme un prince, le ventre au fil à plomb et au détour d'une phrase, sans du tout s'y arrêter, on apprend qu'il a... 72 ans !

Quelques minutes de silence puis, "dis donc Serge, tu ne crois pas qu’on vient de faire LA rencontre de toute la traversée" ?

Il y en aura d’autres et sans tarder.

Le soir même, juste à la tombée de la nuit (ça commence…) son abri est occupé mais nous y sommes invités et mangeons en compagnie de deux hollandais qui finissent le GR 10. Gros bagage de randonnées au long cours, grosse culture générale, un très bel échange. On entend « le seul truc qui me gêne tant c’est le nombre de papiers qu’on trouve tout le long des sentiers, comment est ce possible d’être à ce point irresponsable ? ». C’est peu dire qu’on partage… Moi qui est appris à des centaines d’enfants à pratiquer (en sécurité) « PQ-briquet » ou « PQ-caillou », je serais souvent désappointé de ce comportement général.

Deux jours après, on est en pause tous les deux pour détailler un grand potager au bout de la propriété naturiste. Quelques mots de félicitations et de bonheur partagé avec la dame qui y travaille et hop un cadeau : « oubliez donc le balisage là et prenez ce chemin sous les fayards, c’est plus court et il n’y aura pas de goudron ». Héhé… 

On fait une courte pause pâtisserie/café à Las Illas (ça commence…) quand je vois qu’il y a un arrêt de car menant à Céret. « Tu vois Serge si c’était un voyage qu’on fait plus qu’une randonnée, on ferait un aller-retour voir les collections du musée d’art moderne de Céret ! »

Le soir même on apprend qu’il y a une exposition temporaire des dessins de Dali… trop tard. Des bourrins on est...

On est arrêté au bord de l’unique terrasse de cette grande forêt. « Serge, tu valides, ça ne peut être qu’une ancienne charbonnière ? » 

Du coup s’arrête à notre hauteur un couple qui monte. « Is everything okay ? » 

Ils sont beaux comme des princes, mais alors lumineux et heureux puissance 10. Je les trouve plus vieux que moi mais… ils me feront tous cette impression même celui que je vexerai plus tard en lui disant « vous êtes comme moi, un jeune retraité ? » Pas du tout, il me reste au moins 10 ans à faire, j’ai 54 ans !   Bien Loq...

Donc, ces 2 beautés sont Nancy et Jim, américains qui finissent la HRP en 40 jours. Ils sont spécialistes du randonner léger et on parle beaucoup du matériel. C'est une démarche que j’ai engagée et qui sera mon obsession tout le long de la traversée : comment alléger encore mon sac ? Ils n'ont même pas de réchaud (!) et ont perdus 4 kg. Elle me ressort cette phrase bien connue mais si vraie : « We carry our fears ». (On porte ses peurs). Je les interroge sur leurs réalisations aux longs cours. La triple crown (les 3 plus longs sentiers des Etats Unis) et 2 fois pour le PCT (4200km du Mexique au Canada !). « Et pourquoi donc 2 fois, une fois dans chaque sens ? » Non, non, la 2è fois, je devais juste accompagner des amis pour 3 semaines et… (elle devient toute rouge comme prise la main dans le chocolat) je n’ai pas pu m’arrêter ! » Dernière question sur leurs projets. Je pensais aux années à venir. Là, on va en Suisse faire les 400 km avec les plus hauts cols de la Via-Alpina, puis on fait le GR20 en Corse et on prend l’avion le 19 septembre… Wouaou…

«  Nancy please, accept me as your student !!! ». Elle me donne son blog.

Serge me parait un peu triste. Il ne parle pas anglais et mesure tout ce qui lui échappe dans de telles rencontres.

Le soir immense tablée collective à l’Eco-Gîte du Moulin de la Palette (avec cuiseur solaire). Il y a là entre autres un couple qui finit le GR10 fractionné depuis 3 ans. Visiblement heureux comme tout, ils sont à 2 ou 3 jours de l’arrivée. Je les fais raconter, j’aime tellement ça. Sauf que… elle fait une légère allusion à des soucis de genoux.

« C’est quoi le détail de cet handicap ? » Elle me regarde droit dans les yeux, avec un demi sourire douloureux, "douleur permanente, vive dans toutes les descentes et qui empêche certains projets type GR20". Mais ajoute t’elle avec les yeux mouillés et des étincelles dans le regard, « j’aime tellement ça marcher que je continuerai jusqu’au bout »…  Wouahou…

Le lendemain matin je traine à me laver les dents et du coup je me fais engueuler par le couple qui m’attend dans la cour, sac sur le dos : « Philippe, on ne voulait pas partir sans te faire la bise ! ».

On fait étape à la cabane de l’Estanyol, plus loin que Batère. C’est déjà bien rempli mais on nous fait volontiers de la place. Tous les autres finissent le GR10 (d’ouest en est). C’est sympa et fraternel. Il y a un petit bout de bonne femme du Mans qui n’arrête pas, l’excès de bonheur la fait parler. « Moi j’aime beaucoup mieux dormir dans la tente plutôt qu’en refuge, on est plus libres. Et tant pis pour la douche. » « Mes enfants ils n’aiment pas quand je dis ça ! » Un feu d’artifice…

Au refuge d’Ull de Ter (l’oeuil de la source), il y a un couple avec leurs 2 jeunes enfants. Leur étape du lendemain est ambitieuse mais ça n’est pas ça qu’on retient le plus.

En les quittant le lendemain matin, d’une voix commune avec Serge, on félicite le père pour tout ce qu’on a vu et apprécié : son attention et sa présence constante pour les 2 petits. Il faut toujours encourager les beaux comportements !

En fin d’après midi on fait étape à Planès le temps d’une consommation. On partage la table avec un grand gaillard qui finit sa traversée sur le même itinéraire que nous, mais dans l’autre sens. Etienne, il a un accent coloré et chaleureux, béarnais, parle vite, se rappelle de tous les endroits où il est passé et me donne de nombreux tuyaux sur l’Andorre et le pays basque. Un chic type qui ne subit pas sa vie. Professeur/chercheur en histoire. Il fait toujours étape dans des refuges et voyage donc très léger. Il va finir en 35 ou 36 jours. Ca comptera pour mon accélération finale… Loq…

Et… le concernant, il y aura un sketch à venir.

Le bivouac est prévu à Mont Louis, cité Vauban  que je tiens à faire découvrir à Serge. Au milieu d'un chemin non carrossable joue une jeune enfant. « Attention Serge, obstacle sur le chemin. Franchissement envisageable chacun sur l’extérieur pour éviter la collision ! »  Parents et grand parents éclatent de rire. Des locaux dont le grand père est à la retraite depuis 3 semaines. Et c’est parti pour 15mn de partage !  "On veut se faire un resto à Mont Louis c’est quoi les spécialités ?"  Bols de picoulats on apprend. 

(Serge : mais comment tu fais ? Moi d’habitude je ne parle jamais autant !   « Je ne parle pas beaucoup Serge… je fais parler ! » )

Après un énorme ravitaillement et casse croute, on reprend la dernière montée. S’arrête un fourgon avec une nana souriante qui nous demande où on va et où peut se prendre le GR 10. Elle bloque la route, on lui montre un balisage et il faut bien y aller. Tu vas voir…

Au resto c’est régalade absolue. On prend une bouteille en disant qu’on emmènera ce qui reste pour demain… (tu parles...) On a encore fait une étape et demie aujourd'hui et ça tire un peu, les calories qui compensent la fatigue nous soulent un peu… La serveuse est catalane (l’enclave espagnole de Livia est toute proche). En payant je l’interroge sur « Picoulats ». Bols étant bien sûr boulettes. Viande hachée m’apprend elle. Manifester de l’intérêt pour le catalan la touche, on enchaine sur une discussion. Elle nous apprend le référendum à venir sur l’indépendance le 1er octobre et prend de plus en plus de tours. «Il y en a marre de payer pour ces andalous qui ne foutent rien et font la sieste.» Serge l’interroge sur Podemos. Et ça repart… Je sens le vinaigre arriver, la salle est bondée et il y a du service à faire. J’ai trouvé ! «Est ce que Luis Lach est toujours un emblème pour vous et la fameuse chanson l’Estaca ?» Bingo. Ah l’Estaca… toute émue, oh oui ça compte et patati, patata. Je saute sur l’avantage et on se lève. Je l’embrasse et elle me rend une chaleureuse étreinte, du genre «encore un de notre côté pour la révolution…» 

J’enfile mon sac en disant à Serge «c’est bizarre, je me sens d’une double nationalité encore inconnue, moitié catalan, moitié bourré.» La jeune serveuse en terrasse éclate de rire ! «Vous vous moquez d’un homme lucide mademoiselle !» Et ça repart, enchaine et continue jusqu’à la pinède indiquée, une zone militaire où Serge décrète «la protection des militaires vaut bien celle d’une tente, allez on dort à la belle étoile !». La vie parfaite…

Le lendemain, c’est le «Petit Canada» puis tout le secteur des Bouillouses. On est des milliers à parcourir ce tour enchanteur au milieu des lacs. Ils sont tous là semblent il les humains. Des surpoids, des petits footeux avec le maillot de Messi, des familles complètes, des baskets et des chaussures de ville… Le sentier n’est pourtant pas toujours confortable. Cela nous réjouit, que tant de gens soient sensibles à ces paysages, c’est bien rassurant.

L’orage se précise et on oublie le projet de dormir en haut du Carlit (enfin, de son jumeau). Serge m’impressionne une fois encore avec la justesse de sa lecture météo.

Il a suivi le gonflement et la jonction des 2 nuages et m’annonce : que ça pète ou pas de toute façon dans une heure c’est plié et ça sera fini.

On voit pourtant clairement encore des gens debout au sommet à presque 3000m. Ils ont quoi dans le crâne ? Les plaques mortuaires sont innombrables sur les crêtes. C’est pas avec des coups de soleil qu’ils sont morts là haut… On est archibondé dans un des petits abris métalliques qui jallonent l’endroit.

On monte notre campement au bord du plus haut lac, ambiance Canada au soleil couchant. Inoubliable. On voit bien que quelqu’un a une tente montée à l’étage au dessus. On se croise quand je vais me laver au lac. C’est Patricia, rencontrée hier avec son fourgon !!! Bien chic fille qui après Annecy vit maintenant en Aveyron et languit les montagnes.

Le lendemain elle nous rejoint au sommet du Carlit et on fera toute la descente ensemble avant qu’elle ne parte vers le Nord faire une boucle. Paysages qui font d’ailleurs très envie…

Et justement dans la descente… on nous avais prévenus et les voila… Deux jeunes gars de la trentaine sont entrain d’enrocher tout le sentier avec des marches et des appuis pour retenir la terre. Un travail de titans.

«Vous avez dû faire quelque chose de vraiment grave pour que le juge vous oblige à ça !!!» Ils n’attendaient que ça qu’on s’intéresse à ce qu’ils font et s’en suit encore 15mn de pur bonheur, gai et joyeux. «C’est bien ce qu’on se disait, qu’ils devraient nous les envoyer quelques temps les petits jeunes qui font des conneries !» Bénévolement ils ont choisi de faire ça, leurs 2 tentes sont en bas. On regarde ça avec des yeux de maçons, il s’en faut de peu qu’on reste quelques heures à les aider avec Serge tellement on aime ça mais…

Le soir à la nuit tombante on cherche une cabane de berger dans le brouillard épais. Je demande le cap à IPhiGénie (cartes sur téléphone) et la boussole nous emmène en plein dessus. Ca me rassure pour la suite, je n’ai que 3 cartes papier pour la partie centrale, tout le reste devra se faire avec le téléphone. (Essai conclu.)

Le rythme choisi et tenu sera d'environ une nuit en refuge pour 2 nuits sous tente. A refaire.

Le lendemain matin, le soleil est déjà bien levé quand je vois des moutons toujours fermés dans les parcs de nuit… Je maitrise ma colère. Il y a du avoir des impondérables. 

On longe d’anciennes mines de fer abandonnées, comme il y en aura tant tout du long du parcours, sauf que celles-là c’est les plus grandes. On prend tout le temps nécessaire pour comprendre les logements et l’exploitation, des dizaines de personnes vivaient et travaillaient ici. On est encore une fois bien déçu tous les deux que pas un seul panneau n’en explique un peu plus sur cette époque et ces travailleurs. Le patrimoine industriel est aussi précieux que les autres…

Puis c’est le Pas de la Case et de bien bons moments. Oui, oui au temple de la consommation andorran, on ne va pas se laisser aller à la morosité !

Café, viennoiseries à 10h du matin sur une terrasse au soleil, toilettes, lavabo et wifi… Un petit air de vacances.

J’ai prévu depuis des mois de trouver ici un chargeur solaire et nous voila donc nous aussi à faire les boutiques pour trouver le plus léger, plus de capacité, tout ça tout ça.

Ca c’est fait. Maintenant des calories. On fait l’ouverture d’un buffet à volonté. Randonneurs (ou montagnards) nous restons et observons tout ce qui se passe. Serge est en expertise (bienveillante) et me régale en m’expliquant tout le fonctionnement de l’établissement et de l’équipe : «regarde ce qu’ils viennent de faire pour gagner du temps, et le sens de circulation et la position du manager et tant d’autres choses». Il a géré un restaurant d’altitude à 600 couverts et pense que là ils sont à 1000 couverts par service.

En partant il félicite l’équipe résumant tout ce qu’il a vu et se voit offrir une bouteille en cadeau ! Se penchant par la fenêtre il a même vu à un moment le ballet des camions poubelles et me décrit la manoeuvre avec admiration. Que le monde est beau ensemble (!) et que j’espère longtemps encore voyager avec lui…

Il n’y a pas de fontaines et je dois rentrer dans un commerce pour une bouteille d’eau. Me voila donc à la caisse, ma bouteille d’eau à la main. Les caddys à côté c’est pas vraiment de l’eau qu’ils contiennent ! Tout le monde vient ici faire son plein d’alcool pour l’année. Il y en a enfin un qui rigole avec moi en disant «c’est sûr que vous faites atypique ici !» 

Serge décroche ici pour profiter des transports en commun et rentrer.

On a partagé 9 jours de marche et 8 bivouacs, le quart de ma traversée.

En ce qui me concerne, un bonheur infini, une gaieté permanente, du matin au soir. Fluide, facile et rempli de bonheurs, d’observations, d’interrogations, de moments conscients et partagés. Je rêvais de l’emmener jusqu’aux Incantats qu’il n’a pu faire cet hiver suite à une blessure. Il me parle d’un rendez-vous dentiste et d’un chantier à avancer… Tout l’après-midi, seul sur les crêtes je vais m’interroger sur son départ (annoncé depuis longtemps), me demandant si quelque chose m’a échappé, une contrariété, des étapes trop longues, mes ronflements, on appelle ça «se prendre la tête» … Puis je m’apaise en faisant confiance à mon feeling, en me rappelant tous les bons moments et le détail suivant qui me vient en tête : Serge ne prend jamais de rab à table. Quand il en a assez, il en a assez. Il faut donc croire que ces 9 jours pyrénéens le comblaient suffisamment. Moi quand je rêve à un bavarois… ça n'est pas d’une portion que je rêve, c’est d’un 6 parts !  

(Il est un peu dyslexique et fait de belles trouvailles sans même s’en apercevoir : voulant parler des Pyrénées Orientales, le voila qui dit «… dans ces Pyrénées Horizontales…» !!! J’ai vraiment dit ça moi ?  Deux heures après c’était moi qui y allait de la mienne : «Serge, je vais faire 10 mn de pause, j’ai besoin de brûler du PQ !»)

Sur les conseils d’Etienne, je vais laisser la cabane de Siscaro et enchainer sur le refuge de Junclar. Sauf que les 20mn à la cabane vont laisser des traces…

J’y arrive au soleil de fin d’après-midi qui tape sur sa façade. Il y a beaucoup d’eau devant et je calcule avec application où mettre mes pieds. Une (jeune) femme belge est assise au soleil et à la fois casse la croûte et à la fois observe tout ce qui se passe, dont moi. Salutations et je lui demande si tout va bien, «merveilleusement» elle me répond. A moins que ça ne soit le contraire. Elle randonnait dans les Dolomites et a vu sous ses yeux sa tente se faire détruire par un orage.

Du coup elle poursuit ici en Andorre où les cabanes ouvertes et gratuites sont nombreuses. J’ai découvert les Dolomites en juin dernier et c’est comme pour mes enfants, je pourrai en parler pendant des heures. Elle aussi elle aime. Elle a fait des études d’architecture et là aussi je retiens mes coups de coeur. Sans résister au parlement écossais à Edimbourg qui m’a tant impressionné il y a quelques semaines et là voila qui prend note et dis : «je ferai une recherche» ! En moins d’une poignée de minutes je constate une harmonie assez rare. Chez elle je veux dire. Tout est équilibré chez elle, tout est conscient, sa respiration, ce qu’elle dit, comme elle écoute, les bouchées qu’elle s’accorde. J’ai la sensation intime qu’il n’y a pas une virgule d’elle même qui cherche à plaire. Elle est totalement elle même et sereine.

La cabane est totalement vide à part elle et je m’entend assez vite lui dire : «je dois filer, je veux faire étape à Junclar, je rêve trop d’une douche.» 

J'éclate de rire intérieurement dans les derniers lacets sous le refuge en constatant, sans aucun signe annonciateur ni pensée consciente, que je fredonne le joli poème d'Antoine Pol chanté par Brassens, «je  veux dédier ce poème  à toutes les femmes qu’on aime  pendant quelques instants secrets, à celles qu’on connait à peine, qu’un destin différent entraîne  et qu’on ne retrouve jamais» !

Tu as frappé fort Elise !  

Le lendemain je me perd, bien comme il faut. Je repère une belle vasque pour me mouiller, discute avec un vieux catalan qui s’enflamme à propos des montagnes et continue sur un sentier bien marqué sans m’apercevoir que j’ai laissé la bifurcation peu avant. Quand je m’en aperçois, il n’est bien sûr pas question de faire demi-tour mais de rattraper l’itinéraire en grimpant «droit dans le pentu»…  Je n’ai que quelques gorgées d’eau (tu verras, il y a de l’eau partout en Andorre !), ça va tirer... 

C’est complètement improvisé, dans la broussaille, me cramponnant aux rhodos pour ne pas redescendre ce que je viens de monter. Bien sûr dans ces endroits improbables les isards et les marmottes sont nombreux mais… Un rapide calcul, avec ce supplément ça va faire une journée (initialement longue) à 1900m de dénivelé. Ca se couvre sur les hauteurs où je dois passer mais ça devrait aller. Et puis, quand on a fait le con, on paye. A un point haut, brouillard complet, j’hésite entre franchir vers la droite ou continuer tout droit. Retour en arrière puis cap boussole, en quelques minutes le balisage est retrouvé. Longue, très longue descente. Je n’ai pas regardé ma montre depuis le matin. Comme d’habitude. Arrivé au refuge de Sortény, je suis toujours en colère et me rappelle que j’avais prévu d’aller plus loin.

17h. C’est un peu tôt pour moi. Un jeune homme est là avec sa mère et me demande si tout va bien. "Bien sûr, j’hésite juste à continuer jusqu’à llorts." Hola mais c’est bien loin ça et il y a beaucoup de route. A une demie heure d’ici on est garé et ensuite on va y passer, vous êtes le bienvenu. "C’est contraire à mes principes mais je vous accompagne au moins jusqu’au parking". Sergi est étudiant en droit et sa mère travaille dans une bijouterie. Il est très curieux et m’interroge autant que je le fais. On arrive au joli petit jardin botanique. Hé, j’ai encore quelques restes ! Je lui annonce de nombreux noms d’espèces avant lecture du panneau. Je lui donne quelques explications sur les noms latins, il est aux anges, en vrai universitaire il aime savoir le pourquoi des choses. Sa mère connait de nombreux usages des plantes, on passe un très bon moment de partage. La pluie nous prend dans les derniers lacets avant le parking… comment tu veux résister ? La conversation continue dans la voiture. Ils me laissent le moyen de les contacter lors d'un autre séjour en Andorre. 

A Llorts je repère le départ du lendemain et cherche à l'avance un bon emplacement de bivouac. 10 bonnes minutes au dessus ça existe mais quand même cette jolie pelouse à la dernière maison inhabitée, ça ferait bien…

Et j’arrive au resto… Avant même de franchir la porte je fais voir mon sac et mon mal à l’aise pour encombrer avec sac et bâtons. On me fait signe de rentrer comme si j’étais attendu. Je serai le seul client de la soirée, constaterai très vite que le serveur semble aimer les hommes et vais en profiter un peu ! "Mon montagnero" il m’appelle et me touche partout à chaque occasion. Rigole pas, il n’y a pas de rapport (va savoir !) mais je commande une queue de taureau… Tout va bien me demande t’il avec une touchette ? « Un poco mas de patatas, cé possiblé ? » Oh pauvre, une pleine assiette de patates il me ramène. Je veille à ce qu’il me voie mettre dans mon sac la tranche de pain restante… Mas de pane ? "Et si, por la grimpette manana !" Un plein sac de pain il me ramène !

Quand je lui avais demandé une bouteille de vin, il m’avait demandé si ça irait pour repartir ! Belle sollicitude ! Je le rassure en précisant que j’emmènerai le restant.

Je lui fait donc vérifier en partant que je marche droit et tient sur une jambe (quand on en est là c’est qu’en général on est déjà…). Nickel.

Sauf que… 50m plus haut, au niveau de la fameuse dernière maison et sa pelouse si tentante… hop, j’escalade le mur, enchaine les gestes un peu absent pour monter ma tente et tombe dedans in extrémis sans savoir si c’est de fatigue ou de rouge… 

Le lendemain je pause en haut de la montée quand 2 jeunes passent à la descente. La conversation s’engage, ils font mon itinéraire mais à l’envers. Assez vite j’apprend que lui, Eudes, est en projet sur une installation en chevrier ! Bienvenue au club mon ami ! (Je suis ancien moutonnier). Sauf que le vrai sketch est à venir… «Et où ça ?» Dans les environs de Die. !!! A Villexxx précisément. "Mais alors tu fais ça en collaboration avec Jacky D et Dominique N ?" Bien sûr. Je veux tous les détails, lui dit tout ce que je peux d’utile et lui promet un coup de main si un jour il a un chantier participatif. Je leur donne une partie du pain récupéré la veille par mon chéri et on se quitte avec de grands sourires. Elle, elle est institutrice remplaçante.

Je poursuit jusqu’au lac de Baiau tellement la vie est belle et  suis à 2000m de dénivelé ce jour.

Des tentes sont montées au bord du lac et on m’annonce qu’il ne restait qu’une seule place à la cabane au dessus (Monfort) mais que le groupe qui s’y trouve fait tout pour être antipathique. Stratégie bien connue pour rester entre soi… Ils m’acceptent comme voisins, le lieu est enchanteur. 

Je suis souvent le dernier arrivé mais là… Déjà dans le duvet, je me relève suite à des appels qui ne sont pas loin d’être des appels à l’aide. Il y a plusieurs lampes dans le très raide pierrier de l’autre côté du lac entre les falaises, il fait nuit, ils semblent gérer les chutes de pierre. Souhaitons que ça relève du «on ne fait pas toujours comme on veut», parce que si c’était délibéré comme horaire… ça ressemblait au dernier endroit à franchir de nuit…

Bien plus tard on me racontera une anecdote sur ce bivouac. Une nana photographiait les chevaux qui sont venus au milieu des tentes et ont traversé un morceau du lac. C’est vrai que ça a de l’allure. Sauf que… pendant qu’elle faisait ses photos, elle en voit un qui regarde sa tente et se met à la croquer et la déchirer à pleines dents… on ne se moque pas svp…

Le lendemain je rejoins le refuge de Certascan. Longue étape mais grosse impression laissée par le patron et son assistante. Quand j’arrive il y a 2 groupes de catalans qui s’apostrophent bruyamment pendant la bière. Du coup «douche et repas je prend mais sous ma tente je dors !». A 23h pile ils se sont calmés m’a t’on dit le lendemain.

Tout le repas se passe avec Eric et sa compagne. Un bonheur. Paysan il est et a déjà fait la HRP. Il me parle de la belle réalisation réussie par un collègue à lui : l’enchainement des 212 sommets Pyrénéens de plus de 3000m. Un beau projet à la Bérhault.

Au fait, au pied de la montée j’avais eu une hésitation et avais attendu un groupe de jeunes. 10mn de marche ensemble et de recherche de la bifurcation. On s'était quittés avec de grands saluts heureux. (Tu vas voir la suite…)

Le lendemain, c’est une de ses journées magiques. J’ai beaucoup forcé ces 3 derniers jours et je me met en récupération. La recette est simple, bien respirer et surtout ne jamais regarder l’heure. Faire ce que je veux quand je veux, manger, flâner, contempler. A propos, chaque fois que je fais une photo (une soixantaine par jour, 2500 au total…), je vois l’heure sur mon téléphone mais je n’y prête aucune attention et 2 mn après ça se mélange avec tous les chiffres des jours précédents. Je marche tranquille, chaque pas et regard est conscient, je déguste, je me sens sous perfusion de liberté… Dès le premier col je cale la boussole et repère très vite ma cabane du soir qui brille là bas au fond. Tout sera plus simple. 

J’arrive à la très bien placée cabane Enric Pujol. Je termine enfin au bord d’un lac avec les derniers rayons du soleil qui sont encore là. Toilette complète et même immersion totale. Séchage de lézard sur le rocher chaud. Oulala, ça c’est des vacances à ne pas gaspiller. Toute ma soirée va tenter de résoudre le dilemne suivant :«j’ai beau être seul pour l’instant à cette cabane ne devrai je pas monter ma tente au bord du lac pour être sûr d’être peinard ?» La compagnie c’est régalade quand ça partage bien mais quand c’est «nous d’abord et les autres après», qu’est ce qu’on est mieux tout seul. Sensibilité perso… 

Pour le confort de la table et d’une chaise je choisis de rester. … Assez tard j’entend un gars qui approche vite en soufflant fort. A peine il me voit, il sourit, se retourne et crie quelque chose aux 2 autres. (On le connait !) J’ai droit à des grands sourires et manifestations de joie. C’est une partie des jeunes rencontrés hier lors de mon hésitation ! Une très belle rencontre ça sera même si je les laisse souvent entre eux. Elle est infirmière et leur parle de l’alcoolisme insidieux, quotidien, bière et compagnie. Ils me donnent leur version sur l’indépendance. «Beaucoup de corruption à Madrid et la succession de Franco est encore au pouvoir…» L’un des 3, Jordi est moniteur de raft et en hiver gère l’unique remontée mécanique d’un domaine hors piste proche de là. Il est revenu habiter la maison de son grand père à plus de 1400m d’altitude. «Et pourquoi donc coures tu les montagnes au lieu d’être sur les rafts ?» 

… tu vas voir…   Il s’est fait opérer de l’épaule et est en arrêt ne pouvant pas pagayer. Par contre comme les jambes elles sont intactes, il a entrepris l’ascension des 63 sommets de plus de 3000m de son quartier !!! C’est ce qu’ils faisaient tous hier et refont demain. Il en est déjà à 35. La belle jeunesse…

La montée du lendemain matin avec un exceptionnel enchainement de lacs est un bonheur inracontable. Je flotte et ne touche pas terre… Comment est-il possible d’être si beau. Le paysage je veux dire. En haut du Carlit Serge s’était déjà exclamé «on devrait emmener ici tous les apprentis paysagistes». C’est la même chose ici, ça touche à la perfection. Autour de moi c’est les Pic Galina et depuis hier je pense avoir trouvé le pourquoi de ces pic de la poule. Cela fait en effet 2 fois que je lève des perdrix. Seules fois de la traversée.

Après ça je m’approche de mes chers Incantats et doit donc traverser la zone où tout le monde se perd. Il m’aurait suffit d’un cap boussole au premier col pour repérer au loin où je devais passer. Au lieu de ça je suis les instructions de mon topo pas à pas et quand c’est clair que j’ai quitté la description, je ne sais pas du tout quel col je dois rejoindre. Caillasses et improvisation infâmes. Désescalade aussi. Ca va que j’aime ça et que personne ne me regarde. Je rattrape enfin les cairns et une vague sente au bord d’un lac. Le temps s’est bien couvert et il y a du clapôt sur le lac. L’orage approche mais je suis sur une vague trace au milieu des cailloux. "Ca va tomber Loq". Toujours rien d'interessant pour la tente. Je n’ai pourtant besoin que de 2 gros mètres carrés dégagés. "Je t’aurais prévenu"… Là maintenant je sais que si dans les 30 secondes je n’ai pas monté la tente je vais finir trempé. Ouf, juste 2 mètres de sentier à peine droit et où je pourrai caler mon duvet, je finis sous les premières goutes et me jette à l’intérieur. Dans ces cas là, la tente on la bénit. C’est un matériel pour lequel on développe une pseudo tendresse, comme le sac à dos d’ailleurs. Il n’y a pas une seule sardine à la même hauteur, on ne pourrait tenir à deux dedans tant elle est de guingois. L’averse tombe, je me met au chaud dans le duvet, réfléchis déjà au repas du soir, l’obsession habituelle.  A ce moment là je constate que mon auvent recouvre des myrtilles bien mures dont une bonne quarantaine sont à ma portée. Quel apéro… Là je me dis que celui qui n’a jamais connu ça ne sait sans doute pas ce qu’est le vrai bonheur (mais bien sûr…). « Autant qu’un bavarois 6 parts entend je ?»  On rigole avec qui on peut mais une chose est sûre, on s’entend bien avec Loq. Presque perdu, isolé comme tout au bout du monde sous l’orage et la gaieté est toujours au rendez vous… Je ne changerai ma place avec personne !

La traversée des Incantats est belle et solitaire. Je fais le bien mérité détour par le superbe lac de Mar avec une île et une vraie plage. J'y monte d'ailleurs la tente en urgence pour laisser passer un orage. Cela se finit avec le bel épisode Lisa (voir les textos en annexe).

Quand je reprend, je monte le soir même à la cabane de Molières. Le lendemain j’ai le col de Molières obligatoire à 2940m, puis le Tuc du même nom à 3010m avant une longue descente. Des espagnols rejoignent. Le matin c’est tout blanc. 2 doigts de neige et du brouillard. Les autres se remettent dans le duvet. Plus je monte plus c’est recouvert de neige et le brouillard s’épaissit. Sauf que la gaieté est toujours au rendez-vous. Je sais que je n’ai pas franchi la limite de mon niveau. Très attention à ne pas glisser (c’est des rochers sous la neige, il n'y a pas de sentier), tout le temps nécessaire à chercher les cairns, je m’approche tranquillement du fameux col avec le sourire aux lèvres. Le col se franchit par une brèche rocheuse après une presque escalade. Sauf que… derrière ça n’est plus du tout la même chose. Le vent du Nord est fort et froid. Il y a plus de neige et les rochers dessous sont gelés. Brouillard épais. Instantanément je ne rigole plus, je sais que là si je venais à me faire mal et être bloqué je ne tiendrai pas longtemps avant les convulsions. Je n’ose pas traverser l’arrête rocheuse, trop glissante et choisit de descendre un couloir. Déjà dit mais je ne rigole plus et sait la situation engagée pour mon niveau. Je pose chaque pas et chaque bâton avec une complète concentration «ça ne doit pas glisser, en aucun cas»… 40 mn très tendues pour rejoindre l’arrête sous le sommet et ensuite ça s’améliore de plus en plus. Bien plus bas le repas au soleil aura beaucoup plus que me nourrir comme fonction. Il faut finir de se décontracter…

Rien de spécial jusqu’à l’approche du refuge du Portillon le lendemain, à part le long et très sauvage vallon de la Rémune avec son lot d’éboulis et de lac gelés.

Il y a quelqu’un qui prend des notes à l’extérieur du refuge. Je salue et blaguasse un peu. «Mais purée, on se connait nous !» me dit il. C’est Etienne qui finissait sa traversée à Planès et m’avait donné quelques bons tuyaux. Il s’est joint à un projet de week-end ici. On échange sans interruption pendant une bonne heure. Le lendemain matin il me donne ses coordonnées pour être prévenu de mon arrivée à Hendaye et aussi parce que le Vercors qui lui ait inconnu l’intéresse. Projet en commun à venir.

Je laisse Soula en contre bas par un magnifique balcon et approche de la très bien placée cabane de Caseneuve.

Et là un petit sketch. Essentiellement pour mon ami Franck, en général c’est lui qui m’indique d’un clin d’oeil ce genre de scène. Rien que de l’ordinaire dans une vie normale mais dans ces conditions là ça amène un sourire de plus au même titre qu’une belle lumière ou une marmotte qui te demanderait ton prénom. Donc… Je descend les lacets vers le plateau pile au même moment qu’une jeune femme traverse jusqu’au ruisseau pour s’y laver. Par respect je ne tourne ni la tête, ni les yeux pour mater. Mais c’est des lacets et au prochain virage je l’ai droit dans mon champ de vision... C’est gracieux comme une nana de dos et de loin. Ses mains sur ses épaules… Une belle lumière je te dis. Ils sont un couple d’infirmiers qui font la HRP à contre sens de moi. Echange de tuyaux respectifs. Il a très bien préparé l’affaire avec des ravitailleurs régulièrement et des dépôts préalables.  Il partent à l’automne à la Réunion pour bosser et y vivre quelques années. Il connait bien là-bas et en rêve depuis qu'il en est parti. De bons tuyaux de randos je récupère. Très sympa la soirée. J’examine bien leur réchaud à bois américain.

Le lendemain après-midi au dessus de Viados je mange une barre au bord du chemin à côté d’une source et croise une israélienne. Elle est toute fine et légère, habillée en sombre, une grande élégance. On parle avec beaucoup de gaieté de nos traversées. Elle est en étude de physiothérapie et fait la moitié du GR11. Elle m’interroge pour son prochain bivouac. Et là ma naïveté coutumière va en prendre un coup. Je connais peu de choses de ce pays et de sa mentalité. Je lui fais part de ma découverte bouleversante cet hiver du chanteur israélien Natanaël Goldberg. Elle ne connait pas. Comme un âne je lui parle alors du trio des frères palestiniens de Ramallah qui jouent merveilleusement du Oud, le trio Joubran. Elle grinche, range ses affaires et grommelle que de toute façon elle n’attache aucune importance à ces musiques pour touristes… Aie, aie, aie, si la jeune génération ne s’intéresse toujours pas à ses voisins (dans les 2 sens bien sûr), comment pourront ils un jour cohabiter à nouveau ? Camus où es tu ?

Je monte jusque tard le soir et en vue d’une prairie j’entend Loq qui me dit «là tu montes la tente dans la minute, parce que moi je n’irai pas plus loin». 

Le lendemain à midi c’est Parzan (début de mon terrain connu), une grosse bouffe et un gros ravitaillement.

Très longue montée pour arriver au parking de la Munia à la nuit tombante/tombée.

Le lendemain je longe les plateaux de Larry sup, sans doute un des plus beaux canyon de montagne que j’ai descendu. Pierric en pleine forme à l’équipement et le long rappel côte à côte avec Fred où on avait traversé un arc en ciel. Seul regret, j’avais demandé à mon fils Fabien, 14 ans à l’époque de ne pas le faire avec nous alors qu’il en avait le niveau. Mais ça on ne le sait que quand on l’a fait le canyon. J’attaque la raide montée de Pineta jusqu'au lac glacé du Marboré, le long des grandes cascades. Le resto de la veille plus le gros ravitaillement, j’ai le plein de calories et sent la forme au rendez-vous. Plus ça monte, plus j’accélère, comme un besoin, pour respirer à fond. Je double tous ceux devant et arrive en haut avec beaucoup d’avance. La forme je ne sais jamais à l’avance si elle sera là ou non, c’est un constat pas une prévision. Ca tombe bien parce que je veux dormir de l’autre côté du col du Cylindre, au bord de l’étang. Ce quartier là est un des plus beaux du monde. Le glacier de la face Nord du Mont Perdu, l’étang glacé tout vert, la brèche de Tuquerouye… Je ne me nourris pas que de calories… 

Je suis déjà passé par là avec Pierric il y a plusieurs années et n’ai pas de souvenir particulièrement délicat du franchissement du col du Cylindre. Il aurait mieux valu… Au début de la pente finale je trouve une gravelle où on redescend immédiatement ce que l’on vient de monter. C’est l’itinéraire de descente de ceux qui courent dans le pierrier me dis je et me voila donc m’écartant à droite pour attaquer des zig-zags dans les pierres. Pas de souci sauf que sans réfléchir plus que ça je monte ainsi jusque vers la sortie. Et là c’est de plus en plus raide, vraiment raide, la chute est interdite. Pour la deuxième fois de cette traversée je ne rigole plus du tout. C’est encore une fois bien exposé. Je ne peux tenir dans la pente gelée et doit caler mon pied de pierre en pierre. Et si elle ne tient pas la pierre sous ton pied Loq ? J’ai comme un mantra dans la tête et à chaque pas je me dis : « là, je n’en mène pas large… là je n’en mène pas large… là…». Une dernière traversée ascendante pour rejoindre l’arrête rocheuse sommitale. C’est largement aussi exposé que le reste mais le compte à rebours est rassurant. On peut pourtant tomber au dernier pas hein…

Une fois en haut je vois l’itinéraire évident que j'aurai dû prendre, tout en zig-zags bien marqués dans la gravelle. Il fait un peu frais pour trainer mais qu'il dur de s’extraire de cette vue...

La jolie descente par la vire médiane et j’installe ma tente sous un gros rocher au bord du lac glacé. Il y avait 2 gars en bas pendant toute ma descente. Ils finissent par venir me voir, me demandant si je connais l’itinéraire pour aller au sommet du Cylindre. J’ai déjà remonté le très raide couloir y menant mais en m’interrogeant une fois en haut sur la bonne cheminée à prendre pour qui voudrait faire le sommet. Ils veulent y aller là maintenant !!! Ils doivent être des oiseaux de nuit ! Tu as une bonne frontale je l’interroge ? Oui, oui mais elle est dans le sac. "C’est donc à un vieux comme moi de te rappeler le bon sens ?"  Sure, thank you Philip dit il en la récupérant.  

Moins d’une heure après ils sont de retour sans être sortis au col, trop raide. Ca me soulage, la nuit est quasiment là. Nos conversations se poursuivent. Ils sont 2 anglais, lui Mickael est élagueur professionnel, spéléo, grimpeur et montagnard. Ils viennent de faire l’Aneto. Ils bivouaquent en sursac, sans tente. A 3000…

Le lendemain matin certains arrivent très tôt depuis Goritz, ils ont dû partir à la frontale. Je vais enfin faire ce fameux pierrier final du Mont Perdu (3è fois) avec légèreté. Les globules rouges sont bien là... Avant 8h30 je suis le premier en haut et c’est difficile à décrire tellement c'est grand. Je n’arrête pas de tourner pour regarder dans toutes les directions, voit les Posets au pied desquels j’étais il y a quelques jours et de l’autre côté le Pic d’Enfer où je serai bientôt et puis tant d’autres. Plus le canyon d’Anisclo et tous les plateaux sous Ordesa que j’aime tant…

J’ai encadré plusieurs fois des jeunes en canyon dans ce massif et on faisait 2 jours de randonnée par ici… Et puis il y a un niveau de bonheur où j’ai toujours besoin de dire merci. Sauf que je n’ai jamais bien su à qui il fallait l’adresser ! C’est donc à ma fille que systématiquement ça s’adresse. N’ai je pas dit à ses obsèques que chaque fois que je serais à nouveau heureux, je saurai que c’est à elle que je le dois. De toute façon à 3355m c’est normal d’avoir les yeux mouillés, le vent est frais…

Mickaël et son copain arrivent enfin. Le partage est total. Je sais maintenant qu’on se nourrit des mêmes choses. On échange les numéros de téléphone.

Je connais les 2 plateaux supérieurs d’Ordesa, je connais la brèche de Roland et le bivouac tout en bas ainsi que la vire des fleurs. De plus la pluie est annoncée pour le lendemain. Je prend donc le fond de la vallée, jamais parcouru. Une rencontre vers la fin me permet d’être déposé à Ainsa où je tiens à faire un pèlerinage au Callizo, mon meilleur resto du monde. Une soirée chaque fois on y allait avec tous les stagiaires, pour se tirer vers le haut au milieu de ces semaines de sauvages à dormir dehors et faire pipi dans les combinaisons ! Bien sûr ils sont complets (même pour moi ?) mais je passe une délicieuse soirée en solitaire à Ainsa. J’ai fait un repérage préalable avant la nuit pour savoir où monter la tente.

Le lendemain matin la pluie semble finie (erreur) et j’en ai assez du repos, je veux reprendre au plus vite. Bus de retour pour Torla et 60% à pied, 40% en stop pour rejoindre le pont de Bujaruelo. J’enchaine et monte le Val d’Ara jusqu’à la tombée de la nuit. Le vent de face est fort et froid. Au dessus il y a du brouillard. Je monte la tente juste avant une crête, un minimum à l’abri. Le lendemain il pleut sur la tente, du coup je paresse, je ne veux pas me mouiller dès le matin. J’enclenche quand ça se calme, il y a de la neige partout au dessus, beaucoup et il fait froid. Le vent est toujours là, de face. 200m plus loin je longe la cabane de Lapaza, pas vue la veille ! Froide elle est. Je dois monter encore et partir à gauche franchir le col de Brazata à 2580m. C’est un peu haut pour ces conditions… Et là demi tour il va faire Loq… Je ne sais pas que le balisage (GR11 sur cette partie) est bien meilleur dans ce futur vallon que dans le Val d’Ara où je suis (normal, ici c’est évident), je sais que je ne peux pas monter ma tente dans la pure caillasse qui m’attend là haut si je ne peux franchir le col, elle n’est pas auto-portante, le brouillard m’attend juste au dessus, j’ai perdu ma boussole, en traversant le ruisseau je glisse et me mouille jusqu’aux genoux, mes lunettes sont trempées et depuis la veille je ne peux me servir du téléphone et donc me servir du GPS… Sans regret je redescend jusqu’à la cabane où je vais frissonner jusqu’au moment du duvet. Aucun doute, je deviens très frileux en vieillissant ! Le lendemain c’est bien sûr grandiose avec la blancheur en haut et je me régale, il ne pleut plus. Je traverse jusqu’au refuge de Bachmania avec juste un passage type «chasseur de chamois» qui ne se raconte pas... 

Les rencontres donc… je finis la soirée avec un éleveur/berger du Béarn qui mange et dort au refuge une fois par semaine quand il vient voir ses bêtes. Le reste du temps elles sont en liberté ! On ne connait pas ça chez nous. Bien sûr il m’interroge sur la prédation et tremble pour les années à venir. Chouette partage.

Le lendemain matin je suis à côté d’un australien, lumineux, heureux et spécialiste du light. Il videra son sac pour moi tout à l’heure… Mais à côté de lui il y a un anglais qui pique du nez dans son bol. La traversée complète il voulait faire. «Pourquoi voulait, vous n’avez plus la dispo ?» Oh si mais c’est les jambes qui risquent de ne pas pouvoir…

Et puis quoi encore ! Je m’adresse à l’australien et lui propose qu’on lui remonte le moral parce qu’il ne ressemble à rien ! «Les jambes et les genoux ils ne font que s’améliorer jour après jour et si tu manges assez c’est en pleine forme que tu vas finir !»  Et tralali et tralala… Quand on se quitte au départ, il m’embrasse et me dit merci. Non mais… On ne va pas se plaindre non ? Tu as vu la vie qu’on a ?

J’ai une fois encore bien mangé, l’étape est grandiose, pleine de lacs, je flotte toute la journée en apesanteur et marche vite. Le soir j’arrive à Arémoulit dont on m’a dit du bien.

La gardienne, ancienne du refuge de Baroude qui a brulé me résume leurs ennuis et espoirs est effectivement une très belle personne.

J’ai vu en arrivant un gars qui pêchait avec un béret sur la tête. J’ai une première conversation avec son collègue qui venait à l’estive avec son grand père en vallée d’Ossau où je serais demain. Il n’en parle pas sans émotion. Le pêcheur revient avec une unique truite. Ils ont quand même monté la canne à pêche jusqu’ici. La conversation se poursuit sur le Béarn. Leurs  familles sont originaires de Mazamet. Dans la laine je lui demande ? Dans les peaux. Et ils me racontent tout l’historique de cette activité et de cette ville. C’est régalade. Je bois tout ça, c’est 10 fois mieux qu’un cours d’histoire et c’est notre histoire à tous qu’ils me déroulent là ! Puis on enchaine sur les bergers aux échasses de la Chalosse et l’extraction de la résine de pin pour faire l’essence de térébenthine. Ils ont espoir qu’un nouveau système la rende à nouveau compétitive. Aucun doute, il y a de la culture générale et locale ! (Ancien inspecteur du travail j’apprend.) Il y a là aussi un ancien gérant (8 ans) du refuge de Mariailles au pied du Canigou. Je l’interroge beaucoup sur les conditions rencontrées. (trop près d’un parking !). La gardienne rejoint la conversation et je les laisse échanger entre eux. Je n’ai plus qu’à écouter, c’est magique et oh combien instructif ! 

Au petit dej le lendemain matin, un couple venu pour faire le Balaïtous part le premier. La gardienne fait la moue en constatant qu’ils n’ont même pas débarrassé leurs bols. «Même ma fille de 10 ans ne le fait pas ça.» C’est bien sûr les mêmes qui la veille au soir n’accompagnaient jamais la fermeture de la porte et la laissait claquer systématiquement. Délicatesse quand tu n’es pas là…

Quand j’enfile mon sac les 2 béarnais s’approchent. Ils voudraient mes coordonnées. Je leur indique lemas26 et feu. Je rattrape par le magnifique passage d’Orteig 2 gars qui font la traversée dans mon sens mais ajoutent un sommet chaque jour. Ouah…le beau projet…

A midi je suis à Pombie en admiration devant le Pic du Midi d’Ossau. J’ai surtout assisté à 2 déposes d’un hélicoptère et fait de nombreuses photos. Ils reviennent se poser à côté du refuge pour y manger (du coup je n’aurai même pas droit à une omelette ! Paresseuse assistante…). J’interroge prudemment le pilote sur sa machine. Il a dû voir mes nombreuses prises de photos, plus la fréquentation de Pierric qui m’en apprend tant dans ce domaine, on échange pendant un quart d’heure sur sa société, leur activité, la maintenance et quelques pilotes célèbres dans les secours. Quand je m’éloigne pour aller manger plus loin il me salue bien courtoisement. Très simple le gars.

Le haut de la vallée d’Ossau est une pure merveille. Montagnes, verdure et troupeaux partout. Enfin ! Je coupe droit pour rejoindre le refuge d’Ayous qu’on m’a recommandé. La jeune gardienne est un bijou. Multidiplômée et compétente (cuisinière en hiver) elle rêvait d’être gardienne de ce refuge à côté duquel son grand père était berger depuis qu’elle est toute petite. A mon arrivée elle me demande ce que j’ai mangé la veille à Arémoulit pour ne pas faire le même menu !!! Je rêve… Si c’est ça la jeune génération de gardiens, ça va être régalade. Seul bémol, c’est un refuge du parc des Pyrénées et ils ont choisi qu’il n’y aie pas de douches ni eau chaude aux lavabos. Et le solaire vous connaissez ?

Cet emplacement est unique et même la nuit je suis resté de longues minutes à contempler. Plein Est il y a le Pic du Midi d'Ossau comme une pyramide et juste en dessous un grand lac où celui-ci se reflète à l’envers. Il est difficile de tourner les yeux pour regarder ailleurs…

Je retrouve Philippe qui finit le GR10 dans mon sens et avec qui je ferai une bonne partie de la journée du lendemain. Chouette gars qui me raconte beaucoup de ses randos et ascensions du Mont Blanc mais le hasard fera qu’on finira chacun de notre côté. Avec un chouette couple de jeunes on fait le matin l’ascension du Pic d’Ayous (obligatoire !) avant de plonger jusqu’au chemin de la Mâture, pèlerinage obligatoire pour moi. Une fois en bas je vais chercher à contacter le frère de Martine, chic éleveur  rencontré en 1995. Plein de choses se passent mais je retiens surtout d’avoir dû faire Lees-Athas jusqu’à Lescun à pied par la route. Pas trop prenant ils sont en vallée d’Aspe ! Lescun et son cirque est une pure merveille de paysage (et une épicerie de compèt !). Je monte ma tente sur une colline surplombant tout ça, une fois encore juste avant la nuit. J’en ai marre d’avoir faim et j’ai fait un gros et lourd ravitaillement. Je me gave comme j’avais d’ailleurs commencé à le faire dès la sortie de l’épicerie. Au milieu de la nuit je me réveille et vais pisser. Désolé de la précision, sauf que… je sens que je ne vais pas pouvoir me rendormir. Il y a un espèce de malaise indéfinissable que je met quelques temps à identifier. J’ai faim !!! Et me voila finissant les pêches au sirop et la crème Mont Blanc à 2h du matin ! Ah, que ça va mieux…

A partir de là et jusqu’à la fin j’aurais l’impression d’être toujours en déficit alimentaire. Même après avoir bien mangé, 2heures à 2h30 max j’ai de nouveau faim. Je n’aurai pourtant perdu que 3 kg au final. Vite repris depuis… 

La Pierre St Martin dans le brouillard comme il se doit et son lapiaz infâme où bien sûr je m’égare (et là c’est demi tour obligatoire !), puis la très longue descente sur St Engrâce avec boue à tous les étages dans la forêt en exploitation. Le lendemain ce sera Logibar avec la fameuse passerelle d’Holzarte. Le jour suivant je suis aux chalets d’Iraty à 15h. On m’a dit tout le confort qu’il y avait là bas et le précieux lave et séche linge (enfin !). Mais après pâtisserie et wifi, il n’est que 15h30, je ne peux pas m’arrêter à un tel horaire, surtout avec les calories du gâteau basque… Je repars à fond. Je dépasse le chalet Pedro et vais bivouaquer assez haut sous de grands fayards. Une fois encore je ne vois pas qui pourrait prendre ma place. Tout est parfait. Il y a juste un petit sketch… J’avais déjà dû mettre mes bouchons d’oreille quelques nuits avant les Incantats à cause du trafic aérien. Là, je commence à entendre un bruit au loin que je n’arrive pas à identifier. C’est lointain, bizarre et me semble inconnu. Puis le même à mi distance et enfin le même dans la vallée au dessous. Le brame du cerf !!! Je suis au bord de la forêt d’Iraty que je vais d’ailleurs longer pendant 3 jours. La plus grande hêtraie d’Europe parait il. Et zou les bouchons d’oreille pour cause de brame !

Le lendemain je bataille dans des sentes à vache sous la bruine, la boue aura été une constante pour cette première partie du pays basque et autrement plus gênante que la pluie. J’arrive tard vers le refuge/cabane Azpegi qui est fermé et doit dormir dans un taudis infâme. J’évite de monter la tente sous la pluie mais j’aurais peut être dû.  Puis c’est les Aldudes et la grande auberge communale ouverte rien que pour moi. 80 places… Un festin je fais et une triple douche. Merci monsieur le maire et votre collaboratrice.

Je poursuis le lendemain par de magnifiques paysages sous le soleil. Les fermes sont étonamment propres, bien rangées et ce des 2 côtés de la frontière. C’est spectaculaire et appréciable. L’architecture aussi m’intéresse et je fais de nombreuses photos. Encore un joli bivouac posé à la nuit tombante. J’ai vu que je pouvais gagner une journée sur les 37 étapes que je voyais venir et donc j’allonge les journées. Le bonheur de marcher y ait aussi pour quelque chose. C’est régalade d’arriver au but.

Aujourd’hui j’ai vu la Rhûne et l’océan alors que je ne m’y attendais que pour demain. Aussitôt je fête ça avec moi même, un goûter de compétition !

Le lendemain sera le dernier jour. A vouloir suivre bêtement les indications je me perd dans une forêt et allonge l’étape qui n’en avait pas besoin. 

Je quitte la Rhûne à 15h30 et serait le soir tard à Hendaye plage… Pour la première fois j’ai mal aux jambes, 37km et beaucoup de goudron. Un super resto tenu par 2 filles où je discute bien avec 2 basques. Ils m’apprennent pas mal de choses et entre autre qu’il y a à Bilbao un deuxième musée plus fourni en artistes basques que le Gugenheim. Parce que c’est décidé, la journée de gagnée sera un cadeau pour moi, je vais à Bilbao voir ce fameux musée Gugenheim qui me fait rêver depuis si longtemps. Je parle de l’architecture de Frank Gehry même si bien sûr je vais aller voir les collections. J’enchainerais du coup sur le musée des Beaux Arts le lendemain matin. Nuit en auberge de jeunesse et soirée dans la vieille ville. J’ai du flair et tombe sur un menu dégustation au bord du fleuve. Les 2 serveur.e.s sont aux petits soins pour moi. Je suis honoré…

Je m’arrête à Pau chez mes vieux et précieux amis Didier et Martine. Vive la fidélité en amitié. Comme un roi, enfin un frère c’est encore mieux, je suis reçu. On se fera ensemble la randonnée du Pic de Jer au dessus de Lourdes. D’en haut on entend les chants grégoriens d’une messe en plein air... Ca fait de l'effet !

Il va y avoir aussi le merveilleux sketch «Virginie». C’est résumé dans le texte final qui suit les textos.

C’est quand que je peux remettre ça ?

 

Les textos envoyés :

9/8/2017  

Démarré LA traversée hier mardi 8/8 à Banyuls à 16h  avec des conditions parfaites  : ciel gris et tramontane. Et déjà des paysages de rêve et de belles rencontres. 

Objectif Hendaye pour fin septembre par l’itinéraire "Trek des Pyrénées" (qui mixe gr10, gr11 et HRP.)

Suis avec mon vieux copain Serge pour le début. 

Amitié fidèle. 

Philippe Loq. 

 

21/8  

Du réseau à un endroit fort improbable me permet de rentrer de doux et précieux messages. Merci ! 

Hameau isolé de Noarre entre le refuge de Certascan et la cabane Enric Pujol. Ça vous fait une belle jambe...

Après 3 grosses journées (et des rations trop faibles) je deguste une étape de 15,5 km, 1050 m de dénivelé et 1250 de descente comme une journée de récupération et de vacances !

Chaque minute qui passe est un bonheur total, je traverse les Pyrénées comme un exalté permanent !

(Pour l’instant). 

Si je n ai pas de réseau demain 22, un bon anniversaire à Françoise ! 

Bisous fidèles et vive le vieillir et la retraite ! 

 

31/8

Samedi dernier au tunnel de Vielha je faisais du stop (2h...) pour aller ravitailler à Vielha. 

Je rentre les messages et voit qu'il y en a un de notre vieille amie Lisa au répondeur. Avec des petits rires gènés elle demande si on n'aurait pas un jour ou deux de disponibles pour l’aider à finir son Gîte, ses premiers locataires arrivent le 9 sept. 

Lisa c'est maison perso et Gîte en paille et en autoconstruction. Respect. 

Je la rappelle et lui redis que je traverse les Pyrénées et que ça n’est donc pas possible. 

Sauf que... une fois restauré à Vielha, je suis vraiment pas bien, mal à l’aise et un peu honteux...

L'impression d’aller m’amuser ou me dorer sur la plage alors que cette belle amie est dans le rouge… 

En 10mn la décision est prise, j’appelle Françoise et on fonce sur le chantier. 

Là je suis donc dans le train et serai demain vendredi midi au tunnel de Vielha à nouveau pour reprendre ma traversée là où je l'ai interrompue après 4 jours d'intenses et jolis chantiers partagés. Les yeux en pleurs elle avait quand on s’est quitté. Et Françoise y reste 2 jours de plus !

Bises fidèles à tous. Philippe.

 

8/9

Ce matin 8h30 j étais au sommet du Mont Perdu avec un ciel dégagé. 

Enfin. La 3ème fois fut donc la bonne. 

Certainement un des plus beaux endroits de mon monde. 2h j y suis resté à faire d’incessants 360. 

De là haut c'est à hurler ou à pleurer, au choix. 

Dormi à 3000m sous le col du Cylindre après une rude montée. Qu’il est bon d’être en forme. 

Là je laisse passer la pluie annoncée à Ainsa. Il y a pire.

Pensées fidèles. Philippe.  

 

14/9

A l’instant j’arrive en vallée d Aspe. 

Ne suis resté qu’une soirée à Ainsa. Callizo complet et pluie (apparemment) vite finie. Il y avait un bus à midi pour retourner à Torla d’où j'ai marché très tard. 

Le lendemain dimanche j’ai fini par faire demi tour, trop de froid, de vent de face, de giboulées, plus neige et brouillard juste au dessus avec col obligatoire à 2600. 

Et en plus j’avais perdu ma boussole...

Depuis étapes exceptionnelles et hier traversée vers le col du Portalet en haut de la vallée d’Ossau. 

Pastoral à souhait (enfin) avec nuit au refuge d Ayous, sans doute un des plus beaux emplacements du monde (recherche).

Tout à l'heure suis passé par l’irremplaçable "chemin de la Mâture". Ouaou...

Vais essayer de tracer fort là parce que week-end annoncé pluvieux. 

Bises ! 

 

20/9

Un goûter de compétition pour fêter avec moi-même (on s’entend bien) cette vue que je n’attendais que demain ! 

Parce que le sommet à gauche avec l’antenne c'est bien la Rhûne, dernier sommet du Pays Basque et à droite c'est bel et bien l’océan ! 

Que celui qui ne sait pas ce qu’est le bonheur me rejoigne, il y a du rab ! 

Bises, j'ai faim ! 

 

21/09/2017

Là je vais bien devoir m’arrêter par nécessité… (après la plus grosse journée de la traversée, 37 km).

Devant moi il  y a vraiment beaucoup d eau... Elle fait des vagues et elle est salée...

Plage d’Hendaye donc et un projet entretenu depuis 20 ans que voilà réalisé...

J’espère n’avoir encombré personne avec ma poignée de textos (à la diffusion d’ailleurs très aléatoire). 

Pour ma part il est des bonheurs qui, bien qu’immenses, se dégustent mieux quand ils sont partagés...

Merci pour tous les messages reçus, chacun valait arc en ciel et me confirmait que l’amitié se cultive autant avec les pensées réciproques qu’avec les moments partagés.

Je nous souhaite à tous de nous autoriser des rêves, de savoir les entretenir et de trouver l’énergie de les réaliser. Que la vie est belle quand on peut la prendre comme ça ! 

Ah... je m’étale alors ? 

36 (!) jours de marche réelle (et de bonheur infini) plus interruptions (ravitaillement, chantier et neige).

770 km  de long et 44000 m de dénivelé. 

Quand je serai grand je serai colporteur ! 

Faudra juste manger mieux et plus parce que toute la fin c’était "détresse alimentaire" permanente !

Bises fraternelles à chacun et que de bons moments nous réunissent.

 

LE FINAL :

Le hasard complet fait que Virginie, habite à 100m de Didier et Martine, mes vieux amis.

C’est une «ancienne» du Gîte, qui a été marquante et inoubliable depuis ses 12 ans par son naturel, sa gaieté et son esprit positif.

Notre dernier séjour en commun était «canyons dans les Alpes Maritimes» en 2000, il y a 17 ans.

Il y a quelques mois elle a repris contact par une très jolie lettre disant tout ce que ses séjours au Gîte lui avait apporté et l’aidait encore aujourd’hui à se sentir forte.

De ces lettres qui valident une existence, qu’on relit plusieurs fois et qu’on archive précieusement.

Le dimanche matin on traverse donc tous les 3 chez elle à l’heure d’un 2è café.

Son homme est une perle, ses 3 enfants aussi et tout autant la maison et le terrain. Impressionnant.

Et elle, elle est assistante du préfet ! Il y a pire en période de crise !

Sauf que, elle n’est pas là. Robin l’a mise dans l’avion pour un week-end en compagnie de sa vieille copine parce que son moral est plutôt bas.

???

On se parle donc juste au téléphone ou je l’entend à la fois rire et pleurer en même temps.

Mais voila que… quand Martine me pose à la gare le lendemain matin à 7h30, Virginie y est déjà et m’attend !

Ca fera 35mn d’étreintes fraternelles, de partages francs et confiants où elle me résume les difficultés qui la minent.

Je ne me rappelle plus trop ce que je lui dis si ce n’est les valeurs habituelles du Gîte, autrement dit «t’es capable»…

Ma journée est illuminée par cette belle amitié et le sera encore plus par le magnifique texto qu’elle m’envoie une heure après.

J’étais fin prêt pour le sketch à venir…  

Toujours je m’approche du piano dans les gares. 

Un premier gars, un noir, jouait délicieusement bien. 

Après lui enchaîne un papy, habillé très simplement, comme un paysan. Je le trouve très beau dans sa simplicité. 

Dès le premier morceau, il se passe quelque chose. 

Au deuxième je suis sûr qu'il est au moins professeur de piano. Et son choix de morceaux me touche fortement (musique du monde). 

Le troisième est très rapide, puissant et me fait beaucoup d’effet et je pense de plus qu'il est concertiste (confirmé).

Depuis un moment déjà je laisse aller et ne contrôle rien. 

Aucune émotion je n’avais ressenti une fois réussie cette belle traversée, juste une saine fierté et satisfaction qu’une telle santé soit au rendez-vous. 

Et là, le trouvant si beau dans ce qu’il était, ce qu’il faisait et ce qu’il offrait, j'ai enfin les yeux mouillés. 

Je me sens moi aussi peut-être un peu beau, de ce que je suis ces jours ci, de ce que je viens de faire et de ce que ce matin on m’a dit avoir offert.

Je le remercie pour les frissons qu’il m’a donné et s’en suivent quelques minutes d’un joli partage sur la musique.

Oui, c’est bien la vie quand c’est complet ! Je resigne !

 

 

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